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Breizh Bankable ?

Les banques sont-elle prêtes à tout pour vendre leurs services ? C’est la question qui m’est tout de suite venue à l’esprit lorsque j’ai appris le lancement sur internet de la Breizh Banque.

Petite précision : Breizh Banque n’est pas la version 2.0 de la Banque de Bretagne, vénérable centenaire et filiale régionale de BNP-Paribas, mais un extension numérique des quatres caisses bretonnes du Crédit Agricole. A en croire la communication qui accompagne le projet, et contrairement à son libellé, Breizh Banque n’est d’ailleurs pas à proprement parler une banque, mais un « agence virtuelle et affinitaire », la première au monde qui plus est. Un petit décryptage s’impose.

Virtuelle ? Facile, ça veut dire sur Internet. Affinitaire ? Plus délicat, le mot étant peu courant (180.000 occurrences seulement dans Google). Il justifie un coup d’œil au wiktionnaire : « Qui est associé, en fonction de certaines affinités. » De fait, dans un usage proche, l’emploi de « communautaire » (15 millions d’occurrence Google) ou même d' »identitaire » (850.000) aurait été plus parlant.

Mais voilà, en France, les notions de communauté et d’identité, sauf si cette dernière est nationale, portent en elles un fort soupçon d’anti-républicanisme. Et c’est donc au terme de longues heures de réunions marketing (de source proche, comme on dit) que le « affinitaire » a finalement été retenu.

Hors de question, en effet, que le Crédit Agricole breton puisse être taxé d’autonomisme. D’autant que, on l’apprend vite, Breizh Banque ne s’adresse pas à proprement parler aux Bretons (au sens d’individus vivant en Bretagne) mais plutôt à la diaspora, voire aux « parigots » (au sens de propriétaires de résidences secondaires sur les côtes bretonnes). L’essentiel de la campagne promo sera d’ailleurs concentrée sur la région parisienne. Ou comment récupérer une clientèle nationale, voire internationale, lorsqu’on est une banque régionale.

Au fait, qu’est-ce que le Crédit Agricole a l’intention de leur vendre ? Des services bancaires, on l’imagine. Le site proposera une panoplie de produits estampillés CA, notamment un livret d’épargne. Seule innovation annoncée par rapport aux autre banques en ligne : la possibilité d’interagir avec un chargé de clientèle par webcam interposée.

Mais pour faire venir le chaland, le Crédit Agricole a toutefois prévu de proposer toutes sortes de prestations annexes : plateformes d’échange (forums, blogs), services (covoiturage…) et offres commerciales : réductions sur des spectacles, des matches de foot ou encore des produits made in Breizh. Pour l’occasion, la banque verte a ainsi multiplié les partenariats avec des acteurs économiques, culturels et sportifs locaux. Le tout dans un environnement 3D représentant, paraît-il, une soucoupe volante. Des extraterrestres, les Bretons ?

Au final, la Breizh Banque s’annonce comme un étonnant salmigondis, à mi-chemin entre innovation technologique et chauvinisme bon teint, marketing communautaire et business pur et dur. Face à un objet aussi improbable, la réponse à ma question initiale est évidemment « oui » : les banques sont bien prêtes à tout pour vendre leurs produits.

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Accord et désaccords dans l’affaire du Crédit Foncier

L’information a fait un peu de bruit jeudi dernier : au terme d’une médiation de six mois, le Crédit Foncier est parvenu à un accord avec les associations et le collectif représentant des clients s’estimant trompés par les conditions de prêts immobiliers à taux révisables. Dans la foulée, comme c’est de coutume face à ce genre d’événement, les différentes parties se sont fendues de communiqués, saluant tous la bonne nouvelle. Unanimité ? Pas vraiment, à y regarder de plus près.

Il y a d’abord le communiqué du Crédit Foncier :  « C’est le résultat d’une mobilisation intense de nos équipes et d’une volonté toujours réaffirmée de nous positionner au plus près des préoccupations de nos clients « : le bla-bla habituel de la communication de crise. De l’art de récupérer une affaire dans laquelle la banque a, tout de même, déjà été condamnée et reste l’objet de plaintes, notamment de la Répression des Fraudes. Au passage, la banque oublie d’évoquer les 20 millions d’euros d’indemnisation qu’elle a accepté de débourser. Logique : qui dit indemnités dit victimes…

L’Association française des usagers de banque (Afub), elle, n’oublie pas les victimes dans son communiqué. Par contre, elle en profite pour jeter un pavé dans la mare de sa concurrente, l’UFC-Que Choisir, elle aussi partie prenante de cette affaire. Pour l’Afub, peu encline aux poursuites judiciaires, cet accord est la preuve que la médiation est la meilleure solution dans ce type d’affaires, avec un grand nombre de victimes. Bien meilleure en tout cas que l’action de groupe…

Autre son de cloche dans le communiqué de l’UFC, cosigné par le Collectif des clients trompés. L’association de consommateurs y apparaît mi-figue, mi-raisin. Certes, la situation de nombre de victimes qu’elle représente va se trouver sécurisée par l’accord. Mais pas question d’admettre que la médiation est un succès, tant une action de groupe (ces class actions que la France refuse de reconnaître) eût été préférable.

Un même événement, trois points de vue, et chacun qui ramène la couverture à soi. On le voit, il n’y pas de petites occasions pour faire acte de communication.

Fin de la récré pour le secteur financier

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Il ne passe pas une journée, ou presque, sans que les banques soient pointées du doigt, ou contraintes de montrer patte blanche. Voilà bien une des conséquences heureuses de la crise : placer, au cœur du débat public, la question des mœurs du secteur financier.

Prenons par exemple la semaine qui vient de s’écouler. Lundi : le gouvernement publie un arrêté précisant les conditions de l’introduction, en France, d’un nouveau statut d’établissement de paiement, ouvert aux acteurs non-bancaires. Conséquence : dans les mois à venir, les banques risquent bien de voir fleurir une multitude de nouveaux concurrents, bien décidés à leur tailler des croupières.

Mardi : Christine Lagarde, la ministre de l’économie, réceptionne un rapport rédigé par Bruno Deletré, inspecteur général des finances. Celui-ci propose, ni plus ni moins, d’inscrire dans la loi le principe de loyauté des banques vis-à-vis de leurs clients : plus question de faire passer son propre intérêt commercial avant l’intérêt de la clientèle.

Mercredi : la France, toujours prompt à poser en première de la classe, s’inquiète du manque d’empressement des autres pays à mettre en œuvre les mesures d’encadrement des bonus des traders, telles qu’elle ont été décidées dans le cadre du G20 de Pittsburgh.

Suite logique jeudi : l’arrêté du gouvernement sur la question paraît au Journal officiel. Il ne va pas jusqu’à parler chiffres, mais introduit un rapport entre le montant des bonus et les fonds propres de la banque, ainsi qu’un étalement dans le temps de leur versement. Le même jour, Baudoin Prot, DG de BNP-Paribas et président de la FBF, se fend de déclarations dans la presse : les banques françaises ont bien retenu la leçon, rien n’est plus, d’après lui, comme avant la crise financière. Rien, ou presque : le matin même, sa société avait annoncé des bénéfices, au troisième trimestre, en hausse de près de 50 % par rapport à la même période de 2008…

En remontant plus loin, j’aurais également pu évoqué le « crédit responsable » de Christine Lagarde, actuellement en discussion au Parlement, ou en élargissant aux assureurs, la récupération, par l’Etat, du capital des contrats d’assurance-vie en déshérence… N’en jetons plus : la fin de la récré semble bien avoir sonné pour le secteur financier. Reste toutefois à apprécier la portée réelle de cette soudaine agitation : simple écran de fumée ou réelle volonté de changer les règles du jeu ?

Illustration © CC by Flickr – Epimetheus

C’est quoi déjà, le SEPA ?

Euro-enthousiasmeJe ne sais pas pour vous, mais jusqu’à une date récente, je n’avais pas la moindre idée de ce que pouvait bien être le SEPA. Un acronyme de plus dans l’océan des acronymes. Et puis soudain, des papiers dans la presse économique, des communiqués de la Fédération bancaire française ou de la Banque de France… Cerise sur le gâteau : la Commission européenne m’annonce que le SEPA n’est autre que la « suite naturelle de l’introduction de l’euro et une nouvelle grande étape dans la réalisation d’un marché unique efficace en Europe. » Un événement, visiblement.

SEPA donc, pour « Single Euro Payments Area ». Autrement dit, espace unique des paiements en euros. Après (courte) enquête, je découvre que les banques européennes y travaillent depuis 2002 et que cela va leur coûter entre 5 et 8 milliards d’euros : la belle affaire ! Tout ça pour quoi au fait ? Pour qu’on puisse à l’avenir effectuer, dans n’importe quel pays d’Europe, des paiements (par carte, par virement, par prélèvement) aussi facilement qu’on le fait déjà dans nos frontières nationales.

Première réaction : la déception. D’expérience, j’avais déjà l’impression de pouvoir payer partout sans souci, par la magie de ma carte bancaire et moyennant, éventuellement, quelques frais. Et je ne vois pas, dans l’immédiat, quel besoin j’aurais d’effectuer des virements, même gratuitement, en Pologne ou en Grèce… De fait, le SEPA, grand projet européen, n’aura guère d’impact direct sur la vie de l’immense majorité des Européens. Encore que…

La Commission européenne, en effet, promet que le SEPA, et la directive sur les services de paiement qui en fixe le cadre juridique, imposera aux banques de mieux informer leurs clients. Autre nouveauté : la création d’un statut d’établissement de paiement, ouvert aux acteurs non-bancaires. Plus de transparence d’un côté, de nouveaux entrants de l’autre : pour la Commission européenne, tout est réuni pour offrir, dans les années à venir, de meilleures conditions de concurrence, et donc la promesse de bienfaits pour les consommateurs. Acceptons-en l’augure, tout en gardant une posture de doute raisonnable.

Photo © CC – Chourka Glogowski

Agio, ton univers impitoyable

Voilà quelques semaines que je prépare un dossier sur les agios. Pas forcément sous un angle polémique, du style « Les banques nous spolient », mais pour faire le point sur leurs pratiques en la matière. Je dois dire que ce n’est pas une mince affaire.

Il y a d’abord les tarifs bancaires. On nous parle d’harmonisation, de transparence, mais je peux témoigner qu’on est encore loin du compte : il n’y a pas deux banques à facturer les mêmes frais.

Il y a ensuite les attachés de presse des banques. Comptez au moins quatre mails et autant de coups de fil pour espérer obtenir une début de réponse à vos questions. Les agios : un sujet qui fâche.

Et voilà qu’en plus, 60 millions de consommateurs met les pieds dans le plat ! La revue de l’Institut national de la consommation sort, elle aussi, un dossier sur la facturation des agios ce mois-ci. Et elle ne mâche pas ses mots : sur cette question, les banques se situeraient dans l’illégalité, ni plus, ni moins. En gros, l’INC estime qu’elles devraient inclure dans le TEG des agios les frais de forçage facturés sur les opérations débitrices et que si elles le faisaient, les taux pratiqués deviendraient usuriers. De quoi (re)lancer la polémique, ce qui n’a pas traîné, sous la forme d’un communiqué de la Fédération bancaire française.

Au final, tout le monde attend que le Parlement tranche la question, peut-être dans le cadre de la réforme des crédits à la consommation. Quant à moi, je peux toujours attendre pour obtenir des banques les réponses à mes questions.

Le livret A à 1,25%, toujours mieux que rien

En France, le livret A est une institution, le bas de laine favori de plus de cinquante millions d’épargnants. Un placement simple, sûr, défiscalisé, distribué désormais par toutes les banques… mais de moins en moins rémunérateur. Depuis le 1er août, il ne rapporte plus, en effet, que 1,25% annuel, son plus bas historique. Pas mal, pour un placement créé en 1818 ! Et tout cela par la faute, en ces temps de crise, de la conjontion d’une inflation négative et de taux interbancaires très bas.

Rappelons-le, le livret A est un placement réglementé. Les sommes que les Français y versent sont confiées par les banques à la caisse des dépôts, qui les utilise pour financer le logement social. Son taux n’est donc pas libre mais fixé par la Banque de France selon une méthode de calcul prenant en compte, donc, l’inflation et les taux interbancaires. En théorie, au gré de l’évolution de ces indicateurs, son rendement est censé être révisé tous les trois mois, à la hausse ou à la baisse.

En théorie seulement. Car le gouvernement a la possibilité de déroger à cette règle. Et ces temps-ci, il n’a pas vraiment le choix. Si en effet on s’en tenait au principe du calcul automatique, le taux du livret A serait actuellement de… 0% ! Peanuts ! De quoi alimenter le ressentiment des petits épargnants contre la crise, mais aussi contre le personnel politique. Christine Lagarde l’a bien compris, en mettant son veto à toute nouvelle baisse.

Ainsi, le gouvernement s’apprête à faire valoir pour la quatrième fois de rang son droit de dérogation, afin de maintenir artificiellement le taux du livret A à 1,25 %. Pas grand chose, mais toujours mieux que rien, en attendant le retour en positif de l’inflation et une remontée des taux, sans doute au deuxième trimestre 2010.

Faut-il réformer le taux de l’usure ?

En ces temps de présentation du projet de loi de finances 2010, la question n’apparaît pas d’une actualité brûlante. Mais tout de même : faudrait-il ou non, dans ce contexte de crise économique, réformer le taux de l’usure ?

Petit rappel. Le taux de l’usure, c’est ce seuil, calculé chaque trimestre par la Banque de France, au-delà duquel un taux d’intérêt est considéré comme usuraire, et donc illégal. Il encadre toujours les prêts immobiliers et à la consommation, mais n’existe déjà plus, depuis 2003, pour les crédits aux entreprises (exception faite des découverts en compte)

Si l’on en croit un rapport officiel de 2007, cette réforme a d’ailleurs été un succès, en facilitant l’accès au crédit des PME et des entrepreneurs individuels. En augmentant, donc, leur capacité de financement. D’où l’idée de certains spécialistes d’étendre la disposition aux prêts à la consommation.

L’idée est d’élargir le champ des emprunteurs potentiels à certaines catégories de consommateurs qui n’ont pas accès au crédit actuellement. Pas forcément parce que leur solvabilité n’est pas suffisante, mais parce qu’ils sont trop jeunes ou trop vieux, parce que leurs revenus ne sont pas assez réguliers… En résumé, parce qu’il y a un risque à leur prêter de l’argent, et que ce risque ne peut pas être répercuté par les banques sur les taux d’intérêt, contraints qu’ils sont par les seuils de l’usure. En filigrane, on distingue le projet :  booster la consommation, ce fameux moteur de croissance.

La question a ainsi été soulevée au cours des travaux préparatoires de la future loi de réforme des crédits à la consommation. Il semble toutefois que dans l’immédiat, elle ait été classée sans suite.

On peut s’en féliciter. On imagine, en effet, le paradoxe qu’aurait constituée la présence d’une disposition aussi libérale dans un texte qui s’est donné pour mission, entre autres, de prévenir le surendettement. La capacité de financement des PME est une chose, la protection du consommateur en est une autre.